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Archive pour le 1 janvier, 2011

fadila dziria


fadila dziriaNée le 25 juin 1917 à Djenan Beït El Mel du côté de Notre Dame d’Afrique, à Alger, dans une famille conservatrice, Fadhéla Dziria, de son vrai nom Fadhéla Madani, est l’une des figures les plus marquantes de la chanson traditionnelle citadine dite Hawzi.

Son père s’appelait Mehdi Ben Abderrahmane et sa mère Fettouma Khelfaoui.Sa seule sœur de père et de mère, Goucem, fut musicienne en son temps tandis que les deux autres sœurs et un frère, Amar, ont la même mère seulement.

Des son plus jeune âge, elle s’adonna à la chanson, en imitant la grande cheikha Yamna Bent El Hadj El Mehdi, au sommet de sa carrière et en assistant à toutes les fêtes qu’elle animait et reprendra un peu plus tard, à son compte, les mélodies de la diva du hawzi.

Elle fut découverte par une émission de Radio Alger Men koul Fen chwai de M. E. Hachelafet Djilali Haddad qui lui composèrent un grand nombre de chansons sur le modèle classique et hawzi.
Quarante ans plus tard, une partie de son répertoire est présume du domaine public comme Ana Toueiri. Mustapha Kechkoul, discothécaire de Radio Alger, se chargea de son initiation à la musique classique, initiation qui s’avéra laborieuse car elle était analphabète; il fallait lui souffler les paroles pendant les enregistrements.

Soutien majeur de sa famille sur le plan matériel, Fadhéla s’était mariée une seule fois, en 1930, à l’âge de 13 ans, avec un chômeur qui en avait trente. De cette union naquit une fille qui ne vécut pas. Sa mésentente avec son mari, qui décéda quelque temps après, la poussa a faire une fugue et Fadhéla se retrouva, en 1935 a Paris, chantant dans les quartiers à forte concentration d’émigrés et plus particulièrement au cabaret El Djazaîr. Elle chantera du Asri (moderne), rencontrera Abdelhamid Ababsa qui lui apprit plusieurs mélodies en vogue à l’époque et lorsque sa mère la fit revenir, elle restera chanteuse tant sa voix plaisait au public.

Elle fut engagée pendant les soirées de Ramadhan au Café des Sports géré par Hadj Mahfoud et situé à la rue Bruce, dans la basse Casbah. Une troupe de théâtre et de variété la prit en charge par la suite. Elle travaillera avec le directeur de la troupe qui lui conseilla de changer de genre. Mustapha Skandrani et Mustapha Kechkoul, bien introduits dans le cercle musical algérois vont beaucoup l’influencer et elle a fini par adopter l’Algérois en entrant dans le groupe de Mériem Fekkaî qui animait les soirées de fêtes du tout Alger. Pour son premier enregistrement professionnel, elle reprend une chanson que tous les Algérois connaissaient bien déjà Rachiq el Qalb, un morceau genre Nqleb du mode Araq faisant partie de la structure musicale arabo-andalouse.

Elle s’en était acquittée d’une façon majestueuse, toutefois. sa vraie rentrée, en 1949, fut avec l’enregistrement de son premier disque chez Pacific, Mal Hbibi Malou (paroles de Kechkoul et musique de Skandrani), qui obtint un grand succès commercial. Mahieddine Bachetarzi l’engagea alors pour animer la partie concert de ses tournées. Elle participa aussi en tant que comédienne aux pièces qu’il présentait à travers toute l’Algérie et notamment dans Ma Yenfâa ghir Essah, Dawlette Enissa, Othmane en Chine et Mouni Radjel (1949).

Cette carrière de comédiennes si elle n’a pas été longue elle lui valut de vaincre le trac du public et surtout de travailler aux cotes d’artistes consacres comme Ksentini. Touri, Bachdjarrah, Keltoum et bien d’autres. Quittant les planches, elle revient à la chanson, sa véritable passion et ce retour lui valut au moins trois grands succès: Malou hibi bien sur mais aussi Ena Toueiri… (paroles de M. E. Hachelafet musique de Djilali Haddad) et Houni Kanou (Ils étaient la), un zendali exécuté sur un rythme typiquement féminin de l’Algérois.

Femme généreuse, pleine de bonté, on la retrouve en 1954 à l’Opéra de Paris ou elle s’est produite dans le gala organise au profit des sinistres d’El Asnam aux côtés de la célèbre comédienne Keltoum et d’Aouichette, chanteuse bien connue dans le milieu artistique de l’époque. En 1955, elle participe à des émissions classiques à la télévision algérienne naissante.

Sa vie artistique ne l’empêchera pas de participer avec sa sœur Goucem à la guerre de libération: elle était chargée de la collecte des fonds et, à cause de cela fut emprisonnée à Serkadji.

A sa sortie de prison, elle forme son propre ensemble musical avec sa sœur Goucem à la derbouka, Reinette Daoud, dite l’Oranaise, au violon, et sa nièce Assia au piano et a l’orgue Après l’indépendance, elle reprend sa participation à la radio et à la télévision.

Sensible, perspicace, Fadhéla Dziria était majestueuse sur scène. Son langage recherché, serein et calme, son élégance et sa manière de porter le Kaftan, le Karakou avec Séroual doré coiffé d’un Khit Erroh ou Zrir, faisait d’elle l’expression vivante de toute une culture, de toute une tradition jalousement conservée.Elle incarnait aussi le côté classique de la musique algérienne et, à ce titre, elle fut connue partout comme la plus grande cantatrice algérienne.

Son caractère affable et son sourire lui ont permis de vivre dans le milieu artistique avec la considération et la sympathie de tous. Elle mourut en son domicile de la rue Hocine Asselah, près de la Grande Poste à Alger le samedi 6 octobre 1970 et fut enterrée au cimetière d’El Kettar.
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dahmane el harrachi

dahmane el harachi DAHMANE EL HARRACHI, un artiste qui ne saurait être ni classé dans quelque catégorie de chanteurs que ce soit ni comparé à personne. Sa voix rocailleuse exprime avec une justesse aiguë toutes les nuances de la souffrance physique et morale et le déchirement de l’exil dont il a subi les tourments pendant plus de vingt ans, avec toute l’émigration maghrébine. On ne s’étonnera pas d’apprendre qu’il fut surnommé  » le chantre de l’émigration « . De son vrai nom AMRANI ABDERAHMANE, DAHMANE ELHARRACHI est né le 7 juillet 1926, sur les hauteurs d’Alger. Issu d’une famille très conservatrice – son père, le Cheikh ELAMRANI, était le Muezzin de la Grande Mosquée d’Alger – il a préféré se faire connaître dans la chanson sous un pseudonyme. C’est en souvenir de son enfance, passée, en grande partie à EL HARRACH, qu’il accola à son prénom celui de ce quartier très populeux des environs d’Alger. Comme la plupart des petits algériens, il partagea son temps jusqu’au certificat d’études, entre l’école coranique et l’école primaire, à l’enseignement desquels s’ajouta quelque peu l’école de la rue. Il pratiqua ensuite divers métiers, celui de cordonnier-bottier entre autres ; il lui en resta un goût prononcé pour les vêtements chics et les belles chaussures. Il fut un de nos artistes les plus élégants. Ensuite il devint receveur des tramways C.F.R.A et le resta sept ans de sa vie. Circulant entre EL HARRACH et BAB ELOUED il pu observer de près la population d’Alger si colorée et si diverse. En même temps il s’adonnait à la musique, pour son plaisir d’abord et, très vite, en professionnel. Bientôt il était en tournées entre BISKRA et ANNABA puis à travers toute l’Algérie. A ce stade de sa vie, il se considérait comme le plus heureux des hommes. Un jour la troupe se dispersa comme une volée de moineaux. Lui, pourtant, ne renonça pas et fit de nombreuses tournées avec de vrais professionnels : HADJ MENOUAR, Khalifa BELKACEM, Hamid El MAROCANE et le Cheikh EL ARBI d’ANNABA. C’est en 1949 qu’il décida de partir pour la France, se joignant au flot des émigrés qui quittaient l’Algérie à la fin de la deuxième guerre mondiale. Il résida cinq ans à Lille, quatre à Marseille, trois à Lyon et trois à Metz. Il se fixa ensuite à Paris où il se produisit dans les milieux algériens qui venaient auprès de lui se retremper dans l’ambiance du pays, chaque fois que l’occasion leur en était donnée. De sa voix à la AZNAVOUR (c’est d’ailleurs le surnom qu’on lui donnait dans le milieu artistique), il interprétait tout le répertoire CHAÂBI et cette voix surprenante donnait à ce genre une nouvelle résonance. A la fois encouragé par le succès rencontré et gêné par le manque de répertoire, il se fit auteur-compositeur. La nostalgie du pays commençant à se faire sentir, c’est vers Alger la Blanche qu’allaient toutes ses pensées. Elle lui inspira sa première chanson, « BAHJA BIDA MAT’HOUL ». L’Algérie mise tout entière à feu et à sang dans sa lutte pour l’indépendance lui donna son deuxième sujet, « BILAD EL KHIR ». Dès lors, en pleine possession de ses moyens, il devint un compositeur des plus originaux. Chaque année était marquée par un petit chef-d’oeuvre de finesse et d’esprit. Parmi d’innombrables chansons, où l’invention musicale le disputait à l’image poétique, citons: « YA KASSI », « ELLI HEB SLAHOU », « ELLI YEZRÂ ERRIH », « KHABBI SERREK », « DAK EZZINE ALA »SLAMTOU », « YAL HAJLA », « HASSEBNI OUKHOUD KRAK ». Une chanson pouvait démarrer sur un mot d’esprit, un proverbe subtilement altéré « ELLI YEZRÂ ERRIH » (qui sème le vent récolte…la poussière!). Sa poésie, populaire quant à la forme, exprime le tiraillement entre la modernité et la tradition. S’il chantait la nostalgie et l’amour du pays, la femme idéale comparée traditionnellement à la perdrix (YAL HAJLA) ou à la colombe (ZOUJ HMAMAT), là s’arrêtait sa référence à la tradition. Avec des mots bien à lui, il voulait avant tout traiter des problèmes de son temps, entre autres celui de la place que la femme devait occuper dans la société arabe; elle ne devait pas rester confinée dans une cage dorée, « YA TIR EL QAFS ». malgré sa vie décousue, son intempérance, il restait indéfectiblement attaché aux traditions de rigueur morale de l’Islam le plus pur, le plus sain. Il s’attaquait à toutes les déviations et à tous les reniements, fléaux de la nouvelle société que d’aucuns osent appeler musulmane. Il employait un langage simple, parfois métaphorique, où l’image prenait volontiers le pas sur le mot. Le jeu de mots, entre aide est un devoir), « MA YENFAA GHIR ESSAH » (Rien que la vérité !), « LAZEM ESMAH BINATNA » (Pardonnons à ceux qui nous ont fait du mal), « YA KASSI » (Que de malheurs dans l’ivresse!). Mort en pleine gloire, le 31 août 1980, dans un tragique accident de voiture sur la corniche d’Alger, ce compositeur si original à tant d’égards, et qui, en quelques années à peine, était devenu des plus populaires en France, en Algérie et dans le reste du Maghreb, aura marqué la nouvelle chanson algérienne da sa remarquable personnalité et de son talent inimitable.
A. Hachelaf